Carlina Garcia • 2025-12-30
Chercher le “zéro risque” en marchés publics peut fragiliser l’exécution. Le vrai enjeu n’est pas d’éliminer le risque, mais de l’encadrer intelligemment.
Dans les marchés publics, le droit est omniprésent.
Il sécurise, il cadre, il protège — et heureusement. Mais sur le terrain, une autre réalité s’impose : celle de l’exécution. Celle des titulaires, des sous-traitants, des services opérationnels… et celle des juristes et des acheteurs, qui doivent faire vivre le contrat au quotidien.
En pratique, ce ne sont pas tant les textes qui posent difficulté. Ce sont souvent les interprétations que l’on en fait, au moment clé de l’exécution. C’est là que naît une tension silencieuse, mais structurante.
👉 Le droit s’applique toujours.
La vraie question est : comment ?
Cette approche poursuit un objectif clair : éliminer tout risque juridique.
Elle se traduit notamment par :
Cette vision est précieuse.
Elle protège l’acheteur, l’institution, le contrat.
Elle est souvent portée par des juristes soucieux de conformité, dans un environnement où la responsabilité est réelle — et parfois lourde.
À l’autre extrémité, une approche plus opérationnelle du droit.
Elle repose sur plusieurs constats simples :
Ici, l’adaptation n’est pas un relâchement.
Elle vise au contraire une meilleure maîtrise de l’exécution, en tenant compte des contraintes du terrain et de la réalité des acteurs. Dans cette logique, le droit n’est pas affaibli. Il devient un levier, au service d’une exécution fluide et sécurisée du marché.
Le sujet est très concret.
Il apparaît surtout au moment de l’exécution, là où le contrat rencontre la réalité.
Quelques situations fréquemment observées :
Dans tous ces cas, le droit est respecté. Mais l’exécution devient plus lourde, plus lente, parfois contre-productive.
Chercher à tout verrouiller peut produire l’effet inverse de celui recherché.
Un marché trop rigide :
Le droit n’est alors plus seulement un filet de sécurité. Il devient, malgré lui, un facteur de fragilisation de l’exécution.
Il ne s’agit ni d’opposer les approches, ni de disqualifier la prudence. Il s’agit de créer des points de convergence, à partir d’outils juridiques existants.
Le CCTP, le CCAP, les actes spéciaux ne sont pas des formalités. Ce sont les outils centraux de l’exécution.
Se poser systématiquement trois questions :
Tous les risques ne se valent pas :
Mettre ces distinctions sur la table change souvent la discussion. Cela permet de pondérer, plutôt que de subir.
Face à une position très juridique, l’angle opérationnel est souvent plus audible lorsqu’il est factuel :
Ce n’est pas une remise en cause du droit. C’est une mise en perspective de ses effets.
Encadrer n’est pas renoncer.
C’est documenter, tracer, expliciter une décision, sécuriser un raisonnement…
sans bloquer inutilement le marché.
Le droit des marchés publics n’est pas une fin en soi.
Il est au service d’un objectif plus large : acheter, exécuter, servir l’intérêt général. Opposer juristes et opérationnels n’a pas de sens. Ce qui fait la différence, ce sont les profils capables de faire le lien, d’expliquer, de traduire, d’arbitrer.
Être juriste — ou acheteur — ne signifie pas dire non par principe.
Cela signifie savoir où dire oui, comment, et avec quelles garanties.
C’est souvent là que se joue la vraie expertise.